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Journal de bord d'une expédition aux antipodes

par Ginette Bertrand

Ginette Bertrand

ii 1998

LA BANDE SONORE DE PÔLES SUR CD:

Ginette Bertrand a composé la musique du spectacle de danse + virtuel  Pôles au Banff Centre for the Arts. Ce spectacle a été conçu par les chorégraphes Pierre-Paul Savoie et Jeff Hall et par les créateurs d'images virtuelles Michel Lemieux et Victor Pilon.

 Pôles, c'est deux êtres déracinés qui, projetés au coeur d'un univers fabuleux, se retrouvent confrontés à leurs différences. L'album  Pôles, en quelque sorte du cinéma pour l'oreille, nous présente la rencontre insolite de ces deux personnages.

Partant du principe que le Pôle Sud appelle le Pôle Nord ou que le froid appelle le chaud, ou encore que l'équilibre se définit par le déséquilibre, le travail de conception est basé sur les contrastes:
Bruit_____silence
Fort__________faible
Continu__________itératif
Aigu_______________grâve
Mode oriental___________mode occidental
Rythme percussif__________mélodie arythmique

La trame sonore présente donc deux thèmes principaux : le thème de PP lent, mélodique et céleste et celui de Jeff rythmé, frénétique et incantatoire, qui évoluent dans des atmosphères sonores de clarté sidérale et de profondeurs marines. Au centre de l'oeuvre, une évocation de la Septième de Beethoven surgit du temps pour fusionner les antipodes et jeter une lueur d'espoir.

...Une féerie bercée par la musique physique, prenante, enveloppante de Ginette Bertrand.
Régis Tremblay, Le Soleil, février 1998.

 ...la fort belle trame musicale de Ginette Bertrand... Des rythmes primitifs au souffle d'un vent glacial, les sonorités de la compositeure teintent avec à-propos les paradoxes qui habitent les personnages et le champ de gravité qui les rapprochera.
Manon Richard, La presse, Montréal, 29 novembre 1996.

DUR, DUR, LA MUSIQUE SUR MESURE...

Composer sur mesure pour du multimédia, surtout quand on travaille avec quatre hyperactifs hallucinants-nés, en l'occurrence Savoie/Hall et Lemieux/Pilon, c'est l'enfer polaire.

Pendant tout le temps de ma résidence au Banff Centre for the Arts, j'ai demandé plusieurs fois par jour au quatuor : de temps va durer le film ? Combien y aura-t-il de tableaux dansés ? À quels moments mettez-vous du virtuel? »

Pas de réponse précise... Nous étions tous à l'étape de la conception et chacun de nous vivait la même angoisse dans une délirante expédition...

Il y avait cette merveilleuse technologie électroacoustique dont je désirais profiter à plein avant de retourner dans mon petit studio de Saint-Hippolyte, P.Q. faut que j'en fasse le plus possible ici », me disais-je constamment.

J'ai gobé du mieux que j'ai pu trois logiciels avec l'aide de Paul Herspiegel, l'ingénieur du son, qui me disait, pour me rassurer : It's like a piece of cake, Ginette ! »

Prologue

LA MATIÈRE PREMIÈRE

Puis, pendant quatre semaines, j'ai tripoté des sons à ma manière. En avril 1996, quand j'ai quitté Banff, j'avais environ trois heures de séquences sonores et une idée assez précise des atmosphères de l'ensemble du spectacle.

Encore plus dur fut de passer de l'étape de la conception à celle de la réalisation à la vitesse d'une comète. Mon leitmotiv était : Hé, les gars, je n'écris pas sur de la bande élastique... Quand allez-vous me donner le montage final du film et les durées exactes de chaque tableau chorégraphique ? » Eh bien, j'ai reçu le tout une semaine avant le spectacle !

Heureusement que je travaille avec Pierre-Paul Savoie depuis dix ans et que nous avons une complicité extraordinaire.

TROIS TRAMES SONORES

Pendant les deux mois qui ont précédé la première d'Ottawa, je n'ai pas perdu de temps. Je savais au moins que la musique serait présente tout au long du spectacle, liant le réel au virtuel. Après avoir assisté à quelques séances de travail des chorégraphes et visionné les séquences virtuelles achevées, je décidai, scénario en main, d'élaborer trois trames sonores différentes, mais compatibles et interreliées :

une trame sonore chorégraphique prédominante, qui viendrait ponctuer la thématique de chacun des tableaux de la danse en direct  une trame sonore cinématographique pour appuyer les projections virtuelles (la synchronisation de mes effets sonores allait contribuer à l'illusion de lieux et de personnages réels)  une trame sonore de fond, constituée de sons d'ambiance (le vent, le souffle, les sons cosmiques et sous-marins), qui s'intègrent un peu partout pour envelopper le drame et créer un lien entre les différents tableaux.

Et voilà, il me restait à mixer tout ça et à retravailler les pièces du puzzle en fonction des durées exactes des tableaux et des séquences virtuelles.

Voici donc la musique de Pôles constituée de trois trames sonores superposées et intégrées, formant un ensemble de 15 tableaux d'une durée totale de 63 minutes.

Sortie de Jeff

LES THÈMES, LES DUALITÉS

Le langage musical évolue autour de deux thèmes contrastants liés aux deux personnages de Pôles, P.P. et Jeff, le tout baignant dans une ambiance sonore de vide sidéral et de profondeurs marines.

Le thème de P.P. (l'être qui vient des astres) est un motif pianistique lent et mélodique basé sur la succession des harmoniques. Il s'inspire d'une berceuse orientale du nord de la Thaïlande [1].

Le thème de Jeff (l'être qui vient des profondeurs marines) est un motif rythmé, frénétique et incantatoire inspiré de musiques tribales d'Indonésie [2]. Il contient aussi des sons concrets de toutes sortes traités par échantillonnage.

Ces deux thèmes s'infiltrent partout dans la pièce : ils en sont le double fil conducteur et nous racontent le combat intérieur de Jeff et de P.P. pour leur survie dans un monde insolite.

Au centre de la pièce s'insère, à la demande de Pierre-Paul, une citation du mouvement lent de la 7 e symphonie de Beethoven, une évocation traitée en écho provenant du recyclage d'un vieux vinyle. C'est pour moi un hommage à la plus belle musique que l'Occident nous ait donnée, et l'outil par excellence pour fusionner le passé et le futur, le pôle Nord et le pôle Sud, pour réunir les différences de Jeff et de P.P.

Tentative d'envol

Ginette Bertrand, compositeure

Active dans le milieu de la musique de concert depuis plus de 15 ans, Ginette Bertrand est passée de la pièce solo à la musique pour grand orchestre et accorde aujourd'hui une place privilégiée à la musique électroacoustique. Depuis 10 ans, elle se consacre à l'événement
multimédia et coopère avec des artistes de différentes disciplines.

Pour PPS Danse, elle a composé sur mesure la musique de plusieurs spectacles tels Don Quichotte de la Tache (1989), L'ombre d'un doute (1992) et Bagne (1993) ; ce dernier connaît présentement un grand succès sur la scène nationale et internationale.

"Don Quichotte de la Tache  La trame sonore de Ginette Bertrand, montage d'une musique originale, de chant choral et de bruits de toutes sortes, est d'une richesse peu commune."
Pascale Breniel, La Presse, 1990.

"Bagne  La musique signée Ginette Bertrand est si expressive qu'elle nous raconte ce que les interprètes ne nous disent pas. "
Anne-Marie Lecomte, La Presse, février 1994.

Pôles va représenter le Canada à L'Exposition Universelle de Lisbonne en août 1998 dans le cadre du Festival "Dive into The Future".

La Musique de PÔLES disponible sur CD

Coproduit par Ginette Bertrand et PPS Danse, l'album  Pôles est disponible sur disque compact. Pour vous le procurer, vous pouvez communiquer directement avec la compositeure.

Notes

  1. Une jeune femme de la tribu Karen a accepté de me chanter cette mélodie lors de mon voyage en Asie en 1994.

  2. Les tambours furent enregistrés à Sumatra lors d'une cérémonie de danse pieds nus sur du verre brisé.

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